🇫🇷 Design du pandal- deuxième partie
- melissamalir
- Dec 18, 2022
- 9 min read
Ce post constitue la suite de celui de jeudi, donc je conseille peut être de lire le avant celui-ci pour comprendre un peu mieux le contexte. (Et oui, je sais que j'avais dit qu'il serait publié le vendredi, mais avec tous les liens à trouver vers les ressources ainsi que la traduction, cela m'a pris beaucoup plus de temps que prévu !)
Comme je l'ai dit dans mon dernier post, l'intérieur du pandal adoptera la forme d'une série de tableaux vivants relatant des scènes du livre, en commençant, comme vous l'avez lu jeudi, par le terrier du lapin blanc.
L’arrière plan
L'arrière-plan du pandal restera plus ou moins le même tout au long du projet, seuls certains détails changeront pour mieux correspondre à chaque scène. Mon idée est de décorer les murs de l'intérieur du dôme avec des piliers apparants en bois formant des arches sur le mur. Ces piliers s‘ouvriraient vers l'extérieur en se rapprochant du plafond, se révélant être des arbres ; le plafond serait peint comme un ciel.

Le mur derrière chaque pilier serait peint avec un arrière-plan adapté à la scène qui se déroule devant lui. Par exemple, derrière la chenille, il y aurait une forêt de champignons, pour le goûter du chapelier fou, ce fond pourrait être une scène forestière. Au lieu de la rupture un peu brutale entre les scènes représenté dans ce croqui, elles se fondraient les unes dans les autres au fur et à mesure que le spectateur les parcourt.
Pour avoir une meilleure idée de ce à quoi cela pourrait ressembler, je vous recommande de regarder les transparences de Carmontelle, artiste du XVIIIe siècle (photo ci-dessous). Ces longues bandes de papier (plus de 30 mètres) sont des paysages peints, représentant des moments changeants de la journée, des lieux et des saisons, que l'artiste déployait lentement tout en racontant des histoires. Vous pouvez en découvrir plus dans cet article et regarder une vidéo de l’oeuvre en mouvement ici.

C'est ce passage en douceur entre les paysages que j'envisage pour l'arrière-plan du pandal. Mon croquis ci-dessus n’est qu’une représentation très approximative de ce à quoi l'intérieur pourrait ressembler, alors pour mieux l'illustrer, voici mon autre inspiration principale pour ce mur ;

Comme il est évident en regardant l’image à gauche, le mur de la chambre d'enfant du film Le Voyage de Chihiro de Hayao Miyazaki (probablement mon film préféré) m'a donné l'idée de fusionner des scènes extérieures avec une architecture intérieure.
Le style des arbres en arc à lui été inspiré par la forêt dans le film Le Secret de Kells (ci-dessous)

Comme tout le reste, les arbres seraient fabriqués à partir de châssis en bambou recouverts de papier maché et feraient écho au design de l'arbre sur la façade du pandal.
La course au Caucus
J'ai sélectionné quelques-unes de mes scènes préférées du livre, qui seront placées autour du pandal dans l'ordre correspondant à l'ordre des événements tels qu'ils se produisent dans le livre.

En entrant dans le pandal, le spectateur serait accueilli par une reconstitution de la course au caucus, illustrée ici par Emily Carew Woodard. Vous pouvez voir le reste de ses illustrations d'Alice ici. Dans cette scène, Alice participe à une course avec diverses créatures dont, comme vous pouvez le voir ici, un dodo, une souris, plusieurs poissons, un homard et un canard. Il y a également plusieurs autres oiseaux, dont une aigrette et un lori. Les illustrations de Tennial (ci-dessous) comprennent également un singe, un castor, des crabes et un hibou entre autres.

Comme tous les autres éléments de décoration de ce pandal, les animaux seraient fabriqués à partir d'une combinaison de bambou et de papier maché. Les différents animaux seraient disposés en courant dans un cercle, légèrement surélevé afin d'être plus facilement visible par le spectateur.
J'ai décidé de ne pas inclure Alice dans les tableaux vivants, car mon idée est justement que le spectateur ait l'impression d'être Alice en train de parcourir le Pays des Merveilles.
Comme cette scène se déroule sur une plage, l‘arrière plan serait peint comme telle, et peut-être que le sol devant pourrait aussi être recouvert de sable.
La Chenille Bleue

La scène suivante serait celle de la chenille bleue. Comme vous pouvez le voir dans le croquis, la chenille serait assise sur des champignons plus hauts que le spectateur, et fumerait une pipe à narguilé. J'aime l'idée d'avoir de vraies machines à fumée ici pour rendre l'expérience plus immersive, mais je ne suis pas sûr que ce soit faisable car il serait difficile de contenir la fumée à cet endroit seulement.

Je pense que les couleurs des champignons bioluminescents seraient appropriées (réalisables avec des peintures phosphorescentes sous une lumière bleue), mais cela impliquerait que chaque section du pandal soit éclairée différemment. Comme je l'ai dit dans mon dernier message, j'ignore les détails techniques, et donc pour l'instant la chenille fume et les champignons brillent.
L'arrière-plan de cette partie du pandal serait un jardin surdimensionné, avec des brins d'herbe massifs, des fleurs et quelques champignons qui domineraient le spectateur. Entre cette scène et la suivante, Alice retrouve sa taille habituelle, alors les plantes rétréciraient au fur et à mesure que le spectateur avance, et la scène se transformerait en une forêt en préparation du tableau suivant.
Le Thé du Chapelier Fou

La prochaine scène serait le thé du chapelier fou. Pour cette scène, je me suis inspirée de l'exposition Curiouser and Curiouser du V&A Museum. Dans cette exposition, il y avait une installation d'une grande table dressée pour le thé. Les couleurs et les motifs de la nappe changeaient constamment, contrôlés par un projecteur placé au plafond. La photo ci-dessous est une que j'ai prise lorsque j’ai visité l’exposition, mais vous pouvez en voir davantage sur leur site officiel.

Pour mon projet, la vaisselle serait un amas de tasses et de soucoupes dépareillées et multicolores, empilées en hauteur et à des angles précaires, comme une version plus colorée de cette illustration de l'artiste Benjamin Lacombe:

La vaisselle serait vraisemblablement réelle, achetée à bas prix dans un marché ou provenant de dons de pièces ébréchées et devenues inutiles car cela serait plus facile, moins long et potentiellement moins cher que de les fabriquer en carton. Il y aurait cependant une théière faite à la main, plus grande que les autres, qui accueillerait le loir endormi. Pour ce qui est de la nappe, j'ai pensé qu'une nappe à carreaux noirs et blancs ferait l'affaire : la régularité du noir et du blanc contrasterait avec le chaos des tasses de thé sur le dessus, tout en faisant référence au thème des échecs dans Alice de l’autre coté du miroir.

Autour de la table, il y aurait bien sûr le lièvre et le chapelier lui-même. L'image de gauche est une esquisse de mon propre design du personnage, réalisée il y a quelques années. Bien qu'il serait plus facile de fabriquer un visage réaliste à partir de paille et d'argile à Kumartuli, l'aspect sacré de l'argile fait que ce procédé est strictement réservé aux idoles et aux figures religieuses. Ainsi, le chapelier fou serait fabriqué à partir des mêmes matériaux que les autres (papier mâché et bambou) ou éventuellement à partir d'un moule en plâtre. J'aimerais que ses vêtements, notamment la pile de chapeaux, soient en tissu véritable.

Enfin, comme le Chat du Cheshire est celui qui guide Alice vers ce thé, j'ai pensé l'inclure dans la scène, peut-être peint dans un arbre en arrière-plan.
Rosiers & Croquet
Pour ces deux scènes suivantes, j’ai pensé tenter de les combiner en un seul tableau: les gardes de la reine peignant ses roses blanches en rouge et le match de croquet.
Ici, l'arrière-plan serait un jardin parfaitement entretenu, rempli de rosiers et de haies en forme de cœur (imaginez que Versailles ait été conçu par un enfant psychotique de cinq ans).

A gauche est mon design des gardes de la reine. C'est un design très simple, et je pense qu'il serait assez facile à réaliser dans la vie réelle - la carte pourrait être faite avec du bois ou du carton et peinte pour ressembler à une carte à jouer, et la tête, les bras et les jambes pourraient être faits avec du papier maché et du fil de fer. J'aimerais aussi qu'ils soient assez grands, peut-être 1,80 m ou plus.
Pour les roses elles-mêmes, j'aime l'idée qu'elles aient toutes un visage, en référence au jardin de fleurs qui parlent dans De l’autre coté du miroir.

En ce qui concerne le croquet, j'ai pensé avoir toute une galerie de personnages, mais j'ai finalement décidé de n'avoir que la reine elle-même, en pleine action avec son flamant rose et le pauvre hérisson qui roule vers le rosier. J'ai pensé qu'il devrait aussi y avoir quelques hérissons cachés sous le rosier, et des flamants roses dans le jardin. Je me rends compte que ce paragraphe est incompréhensible pour toute personne qui n'est pas familière avec l'histoire, donc en bref- la Reine de Cœur joue au croquet en utilisant des flamants roses comme maillets et des hérissons comme boules. Voici l'une des illustrations originales de Tenial montrant Alice essayant de jouer avec un flamant rose peu coopératif.

Voici mon concept pour la Reine de Cœur. Je pense qu'elle est la plus compliquée à réaliser techniquement car je veux qu'elle se tienne debout sans soutien dans une posture dynamique, ce qui peut être difficile à réaliser. Je voudrais aussi qu'elle porte le chapeau (en bas à droite) qui, bien que je pense que sa construction soit assez simple, ajouterait beaucoup de poids à sa tête.

Si elle était positionnée comme sur l'image de droite (tirée du film Disney de 1951), le poids de la jupe et le soutien du flamant rose suffiraient à la rendre stable, même si j'aurais préféré qu'elle soit en plein action, le maillet au milieu du swing comme un golfeur.
Le procès

La dernière scène que j'aimerais inclure serait la salle d'audience, où Alice assiste à un procès où des tartes à la confiture ont été volées. Pour cette scène, le roi et la reine de cœur seraient assis derrière un banc de juges sur des trônes en forme de cœur comme dans l'image de gauche (une illustration de Margaret W Tarrant). Au lieu de son chapeau de croquet, la reine porterait la couronne illustrée ci-dessous.

À côté d'eux se trouverait le Lapin blanc, dans son costume d'écuyer, en train de lire d’un long parchemin qu’il tiendrait dans une main et une trompette dans l'autre comme dans le livre. Ces trois personnages se trouveraient sur une plate-forme légèrement surélevée, et autour d'eux se presseraient tous les personnages que le spectateur aura découverts précédemment : les gardes, le chapelier, le lièvre et le loir, les animaux de la course au caucus. Et même une petite chenille bleue, peut-être sur le bureau du juge. J'aimerais aussi qu'il y ait une assiette de tartes à la confiture en forme de cœur sur une petite table devant eux.

Enfin, je pense que la Reine de Cœur devrait prendre sa pose emblématique "Qu'on lui coupe la tête !", en pointant vers la sortie du pandal.

L'arrière-plan de cette partie du pandal serait peint comme le mur d'une très grande salle d'audience, avec des panneaux élaborés utilisant, bien sûr, des motifs de cœur et peut-être quelques rideaux rouges encadrant la pièce. Comme je veux que tous les arrière-plans soient peints, une technique de trompe-l'œil serait utilisée ici pour donner l'illusion d'éléments tridimensionnels. Pour illustrer ce que je veux dire, voici une image du travail de Michel Nadaï. Il peint sur une toile, mais l'effet serait le même s'il était peint sur un mur.
La Sortie

Comme le spectateur aura suivi le voyage d'Alice, je pense que cela devrait rester le cas jusqu'à la toute fin, la sortie étant un autre tunnel, cette fois plus court et fait de cartes à jouer. Il s'agit d'une référence à la fin du livre, lorsqu'Alice se fait essentiellement attaquer par le jeu de cartes avant de se réveiller. À droite, l'illustration de la scène réalisée par Arthur Rackham en 1907. Vous pouvez voir le reste de ses merveilleuses illustrations et lire l'impact qu'il a eu sur l'illustration en tant que forme d'art dans cet article fascinant.

Pour le tunnel de cartes à jouer, je me suis une fois de plus inspiré de l'exposition du V&A que j'ai mentionnée précédemment, et plus particulièrement de la partie illustrée à gauche. J'aimerais que cette partie du pandal présente une " explosion " similaire de cartes à jouer autour du tunnel.
L’ idole
Bien que je me sois principalement concentrée sur les aspects artistiques de ce pandal, il faut se rappeler qu'étant un pandal construit pour la Durga Puja, il s'agit aussi d'un festival religieux, et donc la conception d'un pandal serait incomplète sans l'inclusion des images de Durga, du démon et de ses enfants.
Et bien qu'il ne soit pas rare que les artistes des pandals et les fabricants d'idoles adoptent une approche légère et humoristique de la déesse, je ne me sentais pas très à l'aise pour concevoir une figure religieuse aussi importante. Voici donc quelques photos que j'ai prises lors de la Durga Puja de cette année pour montrer comment l'idole pourrait être stylisée différemment.
Parmi celles-ci, la première est ma préférée (le pandal avait pour thème la Nuit étoilée de Van Gogh et était absolument magnifique, vous pouvez vous faire une meilleure idée de l'ensemble en regardant cette vidéo) mais je pense qu'une idole plus proche du style de la troisième serait plus adaptée au reste du pandal.
Pour mieux l'intégrer au thème, elle pourrait être vêtue d'un saree bleu et blanc, en référence à la tenue emblématique d'Alice. Pour éviter toute ressemblance avec l'uniforme des sœurs de la charité (un saree blanc avec une bande bleu foncé) ou avec le gouvernement local, dont les couleurs sont également bleu foncé et blanc, le saree pourrait être d'un bleu beaucoup plus clair et peut-être à carreaux au lieu de rayures. Le motif en damier serait également une référence au motif du jeu d’échecs que l'on retrouve souvent dans les adaptations d'Alice.
Quant à ses enfants, j'ai pensé qu'ils pourraient peut-être représenter chacun l'une des quatre suites que l'on trouve dans un jeu de cartes à jouer commun - cœur, trèfle, carreau et pique -, ce qui pourrait se traduire par des motifs sur leurs vêtements.
J'ai aimé l'idée que le lion fasse référence au chat du Cheshire, en le faisant peut-être rayé comme le chat. Un sourire du Cheshire pourrait aussi être amusant, mais là encore, le lion est un élément important du mythe et je ne sais pas dans quelle mesure on pourrait le modifier sans que cela soit problèmatique.










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